10.07.2008

Pêche à l'hybride

La solution à la crise énergétique qui s'annonce pourrait passer par une rencontre entre technologies du passé et du futur.

pêche hybrideok.jpgLe temps des voiliers sera-t-il bientôt de retour ? Au regard de l’impact de la hausse des prix du carburant sur la flotte de pêche française, plusieurs études menées actuellement cherchent à réduire la consommation des chalutiers. Si beaucoup ont choisi la piste conventionnelle, orientant leurs recherches vers l’amélioration des performances énergétiques des moteurs, d’autres ont pris une toute autre direction. Au cours de l’été, un ancien professeur de la faculté de Rennes doit ainsi tester un nouveau genre de navire… à voile, dans la baie de Saint-Brieuc.

Loin de vouloir revenir au temps des « Terres Neuva », la société « Avel Mor » comprenez "Vent de mer" en Français, espère coupler aux moteurs thermiques des chalutiers les voiles des vieux gréements. Pour guider les pêcheurs aujourd’hui peu accoutumés à la navigation à voile, c’est un ordinateur de bord qui réalisera les manœuvres, et ceci en fonction des conditions météorologiques. Selon la puissance du vent, et le cap choisi, la solution « éolienne » ou thermique est choisie. Les logiciels se chargent également de border et choquer les voiles… Mieux, l’intelligence artificielle apprend peu à peu et affine ses choix de navigation. Selon, la société, ce système pourrait permettre une économie de 20 à 30% de carburant au patron de pêche, essentiellement lors des trajets du port aux lieux de pêche. L'idée est d'ailleurs prise très au sérieux, la Région Bretagne soutenant financièrement le projet. Pour l’heure, il s’agit encore de tester et valider l’efficacité de ce système mis en place par ce spécialiste de l’intelligence artificielle. Toutefois en phase de commercialisation, l’investissement estimé à 30 000 euros par bâtiment pourrait être amorti en trois ans. Equipé d’autres améliorations, notamment en terme d’aéro et d’hydrodynamisme, le chalutier hybride devrait rapidement avoir le vent en poupe.

24.06.2008

La "faim" est proche...

Chaque année, le grand public frémit à l’idée de voir la pêche à la baleine de nouveau autorisée. Les méchants sont conspués. Japon, Islande et Norvège s’attirent le dégoût de l’opinion. Jusqu’au 27 juin prochain, date à laquelle la réunion de la Commission baleinière internationale s’achèvera, le manège recommence. Pour autant, une autre menace pèse tout autrement sur la survie des cétacées. Les zones de nourrissage des baleines devraient peu à peu se réduire comme peau de chagrin.

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A l’origine de l’effondrement des populations de cétacées se trouve sans conteste  la pêche. Mais en dépassant cet écran de fumée, il est intéressant de se pencher sur les conséquences du réchauffement climatique sur les cétacées. Une élévation de 2° des températures, scénario climatique le plus optimiste envisagé par les spécialistes, devrait selon toute logique réduire de 10 à 15% la banquise en Antarctique. Une mauvaise nouvelle pour les baleines dont la survie est étroitement liée aux glaces et à l’écosystème qui s’y niche. C’est en fait toute une chaine alimentaire au bout de laquelle se situe la baleine qui devrait être bouleversée. Petite explication.

Le krill, sorte de crevette minuscule, se nourrit d’algues proliférant sous la banquise. Les glaces reculant, le krill est logiquement amené à suivre ses « pâturages » et s’éloigne à son tour. A charge pour les baleines de chasser le krill là où il se trouve, entre 200 et 500 km plus au sud, et de pousser ses efforts. Un problème pour les baleines bleues, rorqual, cachalots et autre mammifères marins qui ne se nourrissent pratiquement que lors de leur passage dans les régions du Pôle et menace la survie des moins forts.  

En allant un peu plus loin, les zones de reproduction et nourrissage du krill se raréfiant, il est possible de penser qu’à son tour, la précieuse crevette devrait se faire désirer. Un problème lorsque l’on sait que la baleine est loin d’être l’unique animal à se délecter de la crevette. Bon nombre d’oiseaux marins ou les phoques apprécient également le krill. Autre tracas pour le mammifère marin, en reculant, les glaces vont resserrer autour du pôle les zones de nourrissages les unes des autres. Au final, autant d’espèces pourraient donc se retrouver à chasser moins de proies dans un espaces plus réduit.

Parallèlement à ce bouleversement, les zones frontales, là où les eaux de surface plongent tandis que les eaux à la masse moins importante remontent des profondeurs, devraient elles aussi suivre le déplacement de la banquise. Là encore, c’est une source de nourriture qui s’éloigne de plusieurs centaines de kilomètres. A l’image d’un tapis charriant des sushis, (qu’il faudrait en partie bannir), les courants abyssaux raclent les fonds et ramènent en effet à la surface quantité de micro-organismes dont se nourrit la faune.

Au regard de ce scénario, bon nombre de protecteurs de la nature craignent de voir les cétacées et toutes les espèces dépendant du krill mourir de faim. Lutter contre la pêche c'est bien, mais finalement, les futures coupables ne sont-ils pas ailleurs ?

Pour en savoir plus :

http://www.cetace.info/ ou

http://www.lesbaleines.net

23.06.2008

"Thonthons" flingueurs

La pêche au thon rouge vient d'être suspendue. Suffisant ? Les "thonthons flingueurs" sont nombreux sur la planète...

thon rougeok.jpg

Combien de temps reste-t-il à vivre au thon rouge ? Deux semaines avant la date officielle, la Communauté européenne a choisi d’entendre la voix des ONG en précipitant la fermeture de la pêche au thon rouge en méditerranée. Une bonne nouvelle à première vue qui cache cependant une réalité plus complexe. Si la surpêche menace en effet l’avenir du thon rouge, les fermes d’élevage, le manque de moyens pour contrôler les pratiques de pêche et l’engouement des consommateurs pour ce poisson sont aussi à prendre en compte.
A vrai dire, aujourd’hui personne n’est en mesure de chiffrer les prises réelles de thon rouge en méditerranée. Une chose reste certaine, les quotas fixés par la Commission internationale pour la conservation du thon en Atlantique Est sont très largement dépassés. WWF estime ainsi que pour 2004 et 2005, les prises ont atteint respectivement 45 000 t et environs 45 500 t contre les 32 000 t autorisées et qui permettraient le renouvellement de la ressource. Du moins officiellement car cette pêche, extrêmement lucrative fait l’objet d’un véritable marché noir. Pour échapper aux contrôles et amendes fixées en cas de dépassement des quotas, le thon pêché est souvent directement traité et préparé en mer, avant d’être chargé sur des bateaux clandestins destinés entre autre au marché japonais. Au bas mot, la pêche du thon serait estimée au minimum à 50 000 t. La situation est d’autant plus préoccupante que les zones de pêche traditionnelles sont peu à peu délaissées par manque de poissons au profit de « sanctuaires » où se reproduit l’animal. . Parallèlement, la flotte de pêche européenne s’avère trop importante, 627 thoniers-seneurs, au regard des stocks restants. Pour WWF, le nombre de ce type particulier de bateaux entourant les bans grâce à d’immenses filets de plusieurs hectares devrait être réduit de deux tiers. La France conteste cependant la décision européenne.
Pour palier ce manque de poisson, une nouvelle pratique fait peu à peu son apparition, la ferme d’élevage. Rien à avoir avec l’aquaculture habituelle où des espèces se reproduisant en captivité grandissent en enclos. Le thon rouge n’ayant pas révélé les secrets de sa reproduction, ne fraie pas en captivité. Pour garnir le cheptel, les fermes prélèves directement sur les stocks, des juvéniles pour ensuite les engraisser. Une ponction échappant totalement aux quotas et aux contrôles, accentuant la zone d’ombre planant sur les chiffres réels de prélèvement effectués chaque année. Cette pratique pèse un peu plus sur la reconstitution des stocks.
A l’origine du problème, apparaît surtout l’engouement des consommateurs, notamment Japonais, pour le thon rouge consommé en sushi. Les associations de protection de la planète envisagent d’ailleurs de jouer sur le public et leur pratique alimentaire pour sauver le poisson à défaut de décision ferme des autorités. Produit demandé, le thon rouge voit son prix s’envoler. Un spécimen de 200 à 300 kilos se négocie sur le marché officiel entre 20 000 et 30 000 euros. Autant dire que le thon reste une espèce très convoitée et représente un enjeu économique important pour les pays du pourtour méditerranéen. A moins que les consommateurs en décident autrement.

Pour aller plus loin :

On en parlait (déjà) en 2007
Moyen de surveillance