29.08.2008

Hybrides et biodiversité (4)

Comment et pourquoi, les hybrides menacent-ils la biodiversité ? Histoire d'une dépendance annoncée.Diversité légumesok.jpg

Pour rester « bien vivante » et ne pas épuiser son patrimoine génétique, une espèce végétale doit être cultivée, et en d’autres termes, être renouvelée. Les jardiniers produisant leurs propres plants de pommes de terre par exemple, auront constaté qu’a se contenter à long terme des plants issus de la même lignée aboutissait à une dégénérescence de la plante. La Convention de Rio en 1992 ne s’est y d’ailleurs pas trompée, en édictant l’obligation de cultiver in situ, c’est-à-dire, dans le milieu naturel et sur des surfaces importantes, les espèces menacées pour préserver leur chance de survie et par conséquence la biodiversité. Les banques destinées à la conservation des graines d’espèces non hybrides, ne renouvèlent pas les stocks congelés et ne participent en rien au maintien de la Biodiversité. Tout juste servent-elles de réservoir génétique dans lequel pioche… les industriels. Les spécialistes estiment ainsi que 2500 variétés, non hybrides et accessibles librement seraient menacées de disparaitre du paysage européen. Bien plus au niveau du globe, et encore s’agit-il ici que des fruits et légumes. Les fleurs, dont dépendent beaucoup moins l’alimentation des hommes sont, elles aussi, menacées. Problème, les variétés proposées à la vente sont bien souvent des hybrides. Pires, la vente de certaines variétés est considérée comme illégale. L’association Kokopelli en a d’ailleurs récemment fait les frais. On l’aura compris la biodiversité agricole tombe dans un cercle vicieux.

28.08.2008

Hybrides et prise d'otage (3)

Billets ok.jpgComment et pourquoi les variétés hybrides envahissent le marché au détriment des variétés anciennes. Histoire d'une dépendance annoncée.

La commercialisation justement semble poser problème, notamment aux associations qui comme Kokopelli pour la plus connue, œuvre pour la préservation des vieilles variétés de fruits et de légumes. Le parcours d’une graine avant sa présence dans les rayons est loin d’être un long fleuve tranquille. Pour être autorisée à la vente, une variété doit ainsi être inscrite au Catalogue officiel, après avoir subi une série de tests dits DHS (Distinction, Homogénéité, Stabilité) et VAT (Valeur technique agricole). L’idée est d’assurer, de vérifier la stabilité des caractères du végétal, et pour les espèces agricoles, qu’elles représentent un réel progrès. A l’issu de cette procédure mise en place en 1932, le Service officiel de contrôle et de certification (Soc) délivre une homologation. Celle-ci doit obligatoirement figurer sur les paquets, plants et autres végétaux proposés à la vente. Ce qui n’est pas toujours respecté. Pour ceux qui ont l’habitude de planter leur pommes de terre, ce certificat apparait en bleu sur un côté de leur caissette.

L’inscription au Catalogue n’est toutefois pas gratuite. Pour une céréale, par exemple, il faut à l’obtenteur débourser 6 000 euros de frais, plus 2000 euros pour le maintien au Catalogue durant les 10 premières années. En ajoutant à cela l’investissement que représente le développement d’une nouvelle variété et  l‘on comprendra le long glissement auquel on assiste peu à peu. Pourquoi inscrire chèrement un végétal qui pourrait être reproduit par tout un chacun ? C’est ce que dénoncent les associations de « libération des semences » : la quasi omniprésence des hybrides sur le Catalogue et par conséquence à la vente. Aujourd’hui, 50 % des carottes inscrites sont des F1, bien plus pour les tournesols ou les salades.

Mais le problème va plus loin. Entre inscription au Catalogue et commercialisation, il y a une fois de plus un décalage. Pour des raisons de retour sur l’investissement, ce sont les hybrides qui prennent majoritairement le dessus dans les rayons. Jetez un coup d’œil à la gondole de votre grainetier et vous devriez comprendre.

27.08.2008

Hybrides et prise d'otage (2)

Longtemps gardiens du temple en matière de sélection et d'obtention de nouvelles variétés végétales, les agriculteurs s'en remettent désormais aux seuls semanciers... Histoire d'une dépendance.

Campagne couché de soleilok.jpg

La récolte. Sans doute l’un des plus beaux moments que vit celui qui se penche sur la terre. Un geste qui peut paraître anodin pour certain, mais conditionne pourtant bien des choses. Il y a 10 000 ans, c’est en choisissant de semer des céréales, que l’homme va radicalement changer de mode de vie. Peu à peu, celui-ci délaisse la chasse et la cueillette pour l’agriculture, fondement du développement de grandes cités. Un geste anodin me disiez-vous ? Générations après générations, le lent travail de sélection donne naissance à l’incroyable diversité végétale « domestique » que nous connaissons aujourd’hui. Et encore en manque-t-il. Nous verrons cela plus tard.

Longtemps ce long et minutieux travail n’a été que du seul ressort des paysans. Croiser les variétés, choisir celle convenant le mieux au terrain environnant, au climat local… un travail de titan nécessitant l’échange entre communautés villageoises. Le nom de ces spécificité locale se reflète parois dans le nom de certains fruits ou légume : le rouge vif d’Etampes (Essonne), le Potiron « Galeux d’Eysines (Bordelais), la Coquille de Louviers (Eure).

Désormais, les agriculteurs ont volontiers délaissé ce travail de sélection perpétuel à des sociétés de semences. A charge pour ces géants financiers de mettre sur le marché les graines de nouvelles variétés obtenus à grand renfort de capitaux. Car, si jusque là, la sélection ne demandait aux paysans que du temps, l’obtention végétale est devenue un véritable business. Pour 2007, le secteur a ainsi représenté un excédent de 365 millions d’euros pour le commerce extérieur français, soit 18% de l’excédent commercial tricolore du secteur agricole. Pas mal, d’autant plus qu’en la matière, d’autres secteurs comme l’industrie s’essoufflent.

Autant dire que la poule aux œufs d’or est bichonnée et sait se défendre. Partout sur le globe, des brevets protègent ainsi les nouvelles variétés obtenues. Pour leur utilisation, des droits sont ainsi versés et représentent le retour sur investissement qu’attendent les obtenteurs. Quoi de plus logique me direz-vous. Pour éviter la piraterie comme ce qui peut se faire dans d’autre secteur, l’industrie semencière a su développer une arme imparable :  les hybrides. Les hybrides F1 sont stériles, en d’autres termes, les fruits qu’ils produisent ne pourront donner à leur tour des graines viables. Inutile de les semer, elles ne donneront absolument rien, souvenez-vous de notre agriculteur africain. Seuls les industriels possédant les lignées parentes pourront produire de nouvelles graines, qu’ils commercialiseront par la suite.

Troisième partie

20.06.2008

L'invasion a commencé (Chapitre second)

Inutile d’aller très loin pour observer une faune ou une flore menacée. En France également, la biodiversité fait triste mine, sans que le changement climatique en soit la première explication. 

tortue florideok.jpg

La tendance touche également la faune. Dans un rapport dernièrement publié, l’Institut national de recherche en agronomie, (INRA) estime que depuis sept ans, une vingtaine d’espèces d’invertébrés exotiques se serait installée en Europe. A l’origine de ces introductions, c’est une nouvelle fois l’homme et ses pratiques de loisirs qui sont les premières causes. Les nouveaux animaux de compagnie, autrement dit les Nac, sont bien souvent relâchés dans l’écosystème par leur propriétaire désireux de s’en débarrasser. L’exemple des tortues de Floride chassant les populations de tortues locales est bien connu. Leur voracité et les maladies qu’elles véhiculent ont été lourdes de conséquences. Même constat pour l’écureuil roux, supplanté par le Tamias de Sibérie ou Eccureuil de Corée, introduit en Europe par le biais des animaleries à partir de 1960. Là encore, c’est l’attitude des propriétaires qui reste la première explication. Le Tamias peut également nuire à certaines espèces d’oiseaux, par la prédation de leur nid. Autre exemple, celui du frelon asiatique, extrêmement surveillé par les autorités sanitaires et les apiculteurs. Découvert pour la première fois en novembre 2005 dans le Lot-et-Garonne, le loup de l’abeille est recensé sur un tiers du territoire français et s’étend peu à peu. En 2006, 2000 nids ont été recensés en Gironde. Cette fois-ci, c’est avant tout les pratiques économiques et la mauvaise vérification des cargaisons qui serait à l’origine de l’infestation.

Une liste noire des espèces invasives a d'ailleurs été établie.

19.06.2008

L'invasion a commencé (Chapitre premier)

photo espèces invasivesok.jpg

Inutile d’aller très loin pour observer une faune ou une flore menacée. En France également, la biodiversité fait triste mine, sans que le changement climatique en soit la première explication. A l’origine du déséquilibre se trouvent parfois des espèces s’épanouissant habituellement sous d’autres latitudes et introduites dans notre écosystème. Qu’elles soient involontaires ou pas, ces introductions dans un milieu totalement dénué de prédateurs naturels permettent à certaines plantes et animaux de pulluler, nuisant à la biodiversité autochtone. Un problème relativement nouveau puisque l’Europe a découvert la question des espèces invasives au milieu du XXe siècle.

 A première vue, on pourrait croire qu’elles font partie du paysage botanique européen. (Photo :Faune et flore sont extrêmement liés. Si l'un disparaît, l'autre également) Pourtant, le Budélia du Japon, la Jussie d’Amérique du Sud, ou le Sénéçon du cap poussent habituellement sous d’autres climats, sur d’autres continents. Si ces dernières ont pu s’épanouir en zone tempérée, c’est qu’elles y ont trouvé les conditions certes climatiques, rendues plus propices par le réchauffement, mais ont surtout échappé à leurs prédateurs, qu’ils soient virus, maladies, parasites, ou animaux se délectant de leur feuillage ou racine. Protégés de toutes contrariétés, ces végétaux échappés des jardins dans plus de 80% des cas ont une fâcheuse tendance à proliférer. Une idée reçue qu’il faut toutefois nuancer. En effet, dans seulement 1% des cas d’évasions botaniques, les plantes venues d’ailleurs, c’est-à-dire allochtones, représentent un réel souci pour l’écosystème local.  Cette dangerosité est ainsi évaluée en fonction de la capacité de la plante à passer les saisons, à fleurir, à produire des graines viables et à s’étendre au détriment d’autres espèces.

La tristement célèbre Renouée du Japon est un exemple connu d’espèce envahissante. Introduite par un médecin allemand dans son jardin d’acclimatation de Leyde à son retour du Japon où il était en poste, la Renouée a envahie en peu de temps de nombreux talus, friches industrielles, berges, sous-bois. Le principal atout de cette  plante au-delà de sa croissance rapide, c’est son aspect mellifère et décoratif. De nombreux jardiniers l’ont ainsi accueillie et disséminée. La plante pose toutefois problème en terme de biodiversité. Non contente de croitre au dépens d’espèces locales, comme les herbacées, la Renouée en formant de vastes étendues mono-spécifiques aurait un impact sur la faune. Là où elle a été repérée, le nombre d’invertébrés serait 40% moins important qu’ailleurs, un constat identique pour les oiseaux, rongeurs qui dépendent étroitement du type de végétaux présents pour leur nourriture, habitat ou reproduction.

06.06.2008

Qui veut tuer le Grenelle ?

Le projet était ambitieux. Pourtant, les voix quant à la portée réelle du Grenelle de l’environnement se font entendre. Dernier en date, Nicolas Hulot et sa fondation, qui dans un document publié hier (jeudi 5 juin), compare les engagements pris à l’issu du processus de concertation mené pendant sept mois et leur traduction dans le projet de la loi de programmation. De la théorie à la pratique, le Grenelle de l’environnement pourrait bien ne pas tenir ses promesses.

Disparitions inexpliquées

Des 273 engagements pris à l’issu des tables rondes, la loi de programmation n’en aura retenu qu’une traduction timorée. Pire, dans certains cas, des principes forts ont disparu. Tant et si bien que l’on est en droit de se demander si la montagne n’accouchera-t-elle pas d’une souris ?  Le Grenelle avait ainsi proposé la création d’une « trame verte et bleu », comprenez un corridor écologique prioritaire sur les réalisations urbaines et le développement des infrastructures. L’objectif est simple, offrir une continuité des espaces naturelles pour endiguer l’appauvrissement génétique des populations végétales et animales isolées, tout en luttant contre l’érosion des écosystèmes par l’urbanisation. Désormais, c’est à la société de composer avec les contraintes environnementales et non plus à l’écosystème de composer avec les contraintes humaines. On dit alors que la trame bleu et verte est opposable aux grands projets d’infrastructures. Un principe fondamental dans la préservation de la biodiversité qui risque tout simplement de disparaître. La France s’est pourtant engagée devant l’Union européenne à stopper l’érosion de sa biodiversité avant 2010… Autre mesure phare éludée par le législateur, la création d’une taxe, la Contribution Climat Energie (CCE), destinée à taxer dans le domaine de la construction et du transport les produits les plus consommateurs de CO2. Les études sur la question, prévues pour le printemps 2008 n’ont toujours pas commencé et pourraient être repoussées à la fin de l’année.

Rendez-vous manqué...

Le retard, c’est aussi cela qui inquiète la FNH. La loi de programmation qui donne son statut juridique à un projet, pourrait être elle aussi renvoyée à l’automne prochain. « Il aura donc fallu près d’un an pour traduire dans la loi les conclusions des tables rondes d’octobre 2007 qui reflétaient, pourtant, un consensus parmi les acteurs sur la direction à prendre. L’adoption de la loi en juin donnerait un signal positif à nos partenaires européens, à la veille de la présidence française de l’Union européenne », explique Nicolas Hulot, dans ce document.  D’autant plus, que la loi de programmation doit être obligatoirement suivie de lois d’application pour rendre le texte applicable au quotidien. Faute de quoi, le texte resterait alors transparent. Dans le cas précis, c’est ainsi tout le calendrier qui pourrait être décalé alors que la situation climatique nécessite, d’avis de nombreux experts, notamment du GIEC (groupement intergouvernemental d’experts du climat), une action preste. Le calendrier, le bas blesse justement là encore, les étapes de mise en place des objectifs n’étant pas toujours précisées.

A qui profite le crime ?

Le nerf de la guerre, c’est l’argent, un adage d’autant plus juste que le flou règne sur les moyens de financement du Grenelle. Sur ce point, l’idée d’attribuer une partie des aides de la Politique agricole commune (PAC) a été suspendue à fin 2008. Sans fonds pour mettre en œuvre le Grenelle, le mouvement impulsé pourrait être simple coup d’épée dans l’eau.  La vraie question à se poser reste alors à qui profite le crime ? à qui profite un texte creux, un Grenelle vidé de son sens ?

www.pacte-ecologique.org

03.06.2008

Biodiversité, restez simple…

1256994652.jpg

Vous pensez peut-être que peupler votre jardin ou balcon de magnifiques plantes à la floraison abondante peut s’avérer utile à la sauvegarde de la biodiversité. Ce n’est pas faux, mais pas complètement vrai non plus. Derrière la fleur, se cachent d’autres paramètres à prendre en compte, notamment sur le plan mellifère ou la densité du feuillage. Des considérations en matière de développement durable (Dédé) qui peuvent rapidement compliquer la tache de l’éco jardinier. Un seul conseil alors : restez simple.

Un casse-tête

 

Attirer les insectes, donner un coup de pouce aux abeilles et bourdons, pollinisateurs en voie de disparition, offrir un gîte aux oiseaux également mal menés par les changements environnementaux, voilà une excellente idée. Pas besoin d’un grand jardin, un balcon même petit, suffi. Encore faut-il choisir les plantes avec discernement. Pour amener à eux toujours plus de clientèle, les obtenteurs développent régulièrement des variétés à la floraison spectaculaire. Les critères génétiques portant sur ce simple aspect sont souvent uniquement pris en compte, au dépens d’autres qualités pourtant essentielles. La rusticité, la croissance, les qualités mellifères, la capacité à donner des graines viables, tout cela passe souvent à la trappe, avec toutes les conséquences que cela peut entraîner. Un rosier aux fleurs magnifiques mais extrêmement fragile s’avère consommer pas mal de produits phytosanitaires, si bien que les fleurs attrayantes pour les insectes deviennent un véritable foyer d’empoisonnement. Des fleurs sans nectar, ni pollen sont absolument inutiles pour les insectes. Pire leurs couleurs et parfums les attirent à elles au dépens de plantes certes moins spectaculaires mais ô combien plus utiles. Choisir sa plante, sans sacrifier la beauté du jardin ou du balcon, tout en préservant la biodiversité, peut alors révéler rapidement du casse-tête.

Un seul mot : simplicité ! 

Ce sont pourtant les plantes les plus simples, les plus anciennes, qui restent les meilleures solutions. Camille Sergent, botaniste, apicultrice, en connait un rayon, non seulement sur les abeilles, mais plus globalement sur les insectes. Celle-ci vient d’ailleurs d’ouvrir un insectarium au cœur même de sa miellerie. « Concernant les plantes mellifères, certaines sont utiles à plusieurs insectes de nos régions, et intéressantes à conseiller, comme le sainfoin, les labiées mellifères (lavande, romarin, sarriette...), le fenouil, la saponaire (pour l'abeille charpentière), les Echinacées, les lotiers, la verge d'or, qui est quant à elle très décorative et très intéressante pour énormément d'espèces ... » Les chèvrefeuilles, les fleurs d’aulx ornementaux, la sauge sont également l’idéal.

 

Une des dernières modes en vogue dans les jardins d’ornements s’avèrent être la haie décorative. Une bénédiction pour les oiseaux qui apprécie notamment, les sorbiers pour ses baies, le fusain d’Europe, le Houblon ou le prunelier. Veillez d’ailleurs à ne pas trop les tailler, les oiseaux ont horreur de cela.

Pour aller plus loin :

 

www.mielleriedugatinais.info

 

http://apisite.online.fr/flore-1

 

http://www.ecologie.gouv.fr/Dans-mon-jardin-je-preserve-l...