24.06.2008
La "faim" est proche...
Chaque année, le grand public frémit à l’idée de voir la pêche à la baleine de nouveau autorisée. Les méchants sont conspués. Japon, Islande et Norvège s’attirent le dégoût de l’opinion. Jusqu’au 27 juin prochain, date à laquelle la réunion de la Commission baleinière internationale s’achèvera, le manège recommence. Pour autant, une autre menace pèse tout autrement sur la survie des cétacées. Les zones de nourrissage des baleines devraient peu à peu se réduire comme peau de chagrin.

A l’origine de l’effondrement des populations de cétacées se trouve sans conteste la pêche. Mais en dépassant cet écran de fumée, il est intéressant de se pencher sur les conséquences du réchauffement climatique sur les cétacées. Une élévation de 2° des températures, scénario climatique le plus optimiste envisagé par les spécialistes, devrait selon toute logique réduire de 10 à 15% la banquise en Antarctique. Une mauvaise nouvelle pour les baleines dont la survie est étroitement liée aux glaces et à l’écosystème qui s’y niche. C’est en fait toute une chaine alimentaire au bout de laquelle se situe la baleine qui devrait être bouleversée. Petite explication.
Le krill, sorte de crevette minuscule, se nourrit d’algues proliférant sous la banquise. Les glaces reculant, le krill est logiquement amené à suivre ses « pâturages » et s’éloigne à son tour. A charge pour les baleines de chasser le krill là où il se trouve, entre 200 et 500 km plus au sud, et de pousser ses efforts. Un problème pour les baleines bleues, rorqual, cachalots et autre mammifères marins qui ne se nourrissent pratiquement que lors de leur passage dans les régions du Pôle et menace la survie des moins forts.
En allant un peu plus loin, les zones de reproduction et nourrissage du krill se raréfiant, il est possible de penser qu’à son tour, la précieuse crevette devrait se faire désirer. Un problème lorsque l’on sait que la baleine est loin d’être l’unique animal à se délecter de la crevette. Bon nombre d’oiseaux marins ou les phoques apprécient également le krill. Autre tracas pour le mammifère marin, en reculant, les glaces vont resserrer autour du pôle les zones de nourrissages les unes des autres. Au final, autant d’espèces pourraient donc se retrouver à chasser moins de proies dans un espaces plus réduit.
Parallèlement à ce bouleversement, les zones frontales, là où les eaux de surface plongent tandis que les eaux à la masse moins importante remontent des profondeurs, devraient elles aussi suivre le déplacement de la banquise. Là encore, c’est une source de nourriture qui s’éloigne de plusieurs centaines de kilomètres. A l’image d’un tapis charriant des sushis, (qu’il faudrait en partie bannir), les courants abyssaux raclent les fonds et ramènent en effet à la surface quantité de micro-organismes dont se nourrit la faune.
Au regard de ce scénario, bon nombre de protecteurs de la nature craignent de voir les cétacées et toutes les espèces dépendant du krill mourir de faim. Lutter contre la pêche c'est bien, mais finalement, les futures coupables ne sont-ils pas ailleurs ?
Pour en savoir plus :20:30 Publié dans Le petit bout de la lorgnette | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : environnement, écologie, baleine, faim, disparition, pêche, cétacées
23.06.2008
"Thonthons" flingueurs
La pêche au thon rouge vient d'être suspendue. Suffisant ? Les "thonthons flingueurs" sont nombreux sur la planète...

Combien de temps reste-t-il à vivre au thon rouge ? Deux semaines avant la date officielle, la Communauté européenne a choisi d’entendre la voix des ONG en précipitant la fermeture de la pêche au thon rouge en méditerranée. Une bonne nouvelle à première vue qui cache cependant une réalité plus complexe. Si la surpêche menace en effet l’avenir du thon rouge, les fermes d’élevage, le manque de moyens pour contrôler les pratiques de pêche et l’engouement des consommateurs pour ce poisson sont aussi à prendre en compte.
A vrai dire, aujourd’hui personne n’est en mesure de chiffrer les prises réelles de thon rouge en méditerranée. Une chose reste certaine, les quotas fixés par la Commission internationale pour la conservation du thon en Atlantique Est sont très largement dépassés. WWF estime ainsi que pour 2004 et 2005, les prises ont atteint respectivement 45 000 t et environs 45 500 t contre les 32 000 t autorisées et qui permettraient le renouvellement de la ressource. Du moins officiellement car cette pêche, extrêmement lucrative fait l’objet d’un véritable marché noir. Pour échapper aux contrôles et amendes fixées en cas de dépassement des quotas, le thon pêché est souvent directement traité et préparé en mer, avant d’être chargé sur des bateaux clandestins destinés entre autre au marché japonais. Au bas mot, la pêche du thon serait estimée au minimum à 50 000 t. La situation est d’autant plus préoccupante que les zones de pêche traditionnelles sont peu à peu délaissées par manque de poissons au profit de « sanctuaires » où se reproduit l’animal. . Parallèlement, la flotte de pêche européenne s’avère trop importante, 627 thoniers-seneurs, au regard des stocks restants. Pour WWF, le nombre de ce type particulier de bateaux entourant les bans grâce à d’immenses filets de plusieurs hectares devrait être réduit de deux tiers. La France conteste cependant la décision européenne.
Pour palier ce manque de poisson, une nouvelle pratique fait peu à peu son apparition, la ferme d’élevage. Rien à avoir avec l’aquaculture habituelle où des espèces se reproduisant en captivité grandissent en enclos. Le thon rouge n’ayant pas révélé les secrets de sa reproduction, ne fraie pas en captivité. Pour garnir le cheptel, les fermes prélèves directement sur les stocks, des juvéniles pour ensuite les engraisser. Une ponction échappant totalement aux quotas et aux contrôles, accentuant la zone d’ombre planant sur les chiffres réels de prélèvement effectués chaque année. Cette pratique pèse un peu plus sur la reconstitution des stocks.
A l’origine du problème, apparaît surtout l’engouement des consommateurs, notamment Japonais, pour le thon rouge consommé en sushi. Les associations de protection de la planète envisagent d’ailleurs de jouer sur le public et leur pratique alimentaire pour sauver le poisson à défaut de décision ferme des autorités. Produit demandé, le thon rouge voit son prix s’envoler. Un spécimen de 200 à 300 kilos se négocie sur le marché officiel entre 20 000 et 30 000 euros. Autant dire que le thon reste une espèce très convoitée et représente un enjeu économique important pour les pays du pourtour méditerranéen. A moins que les consommateurs en décident autrement.
Pour aller plus loin :
20:45 Publié dans Le petit bout de la lorgnette | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : environnement, écologie, pêche, surpêche, thon, océan, mer
22.06.2008
La Liberté menacée ?
Pour son implication dans la question des OGM, Christian Vélot paie le prix fort, la mise au placard. Quand la mise à mort sociale et professionnelle remplace l’assassinat.
Christian Vélot, enseignant chercheur en génétique moléculaire dérange. La carrière de ce scientifique connu pour son implication sur la question des OGM est en effet au point mort. En septembre dernier, l’homme a appris par courrier que son contrat de recherche ne serait pas renouvelé au sein de l’université Paris-Sud à Orsay. Amputé d’une partie de ses responsabilités, le haut fonctionnaire conserve toutefois sa fonction d’enseignant. Une bien maigre consolation puisque c’est sur le résultat de ses recherches qu’un scientifique universitaire est évalué. Pour protester contre ce qui apparaît pour beaucoup comme un assassinat social, une manifestation de soutien est prévue le 25 juin sur le Campus de la Fac d’Orsay(1).
Cela vous surprendra certainement, mais Christian Vélot n’est absolument pas contre les OGM. Non. Absolument pas. Ce quinquagénaire à la barbe grisonnante, soigneusement taillée, utilise même au quotidien le génie génétique dans le cadre de ses recherches. Il les bidouille, les triture, au point de savoir, lui, de quoi il en retourne de la transgénèse. Non, Christian Vélot s’inquiète tout simplement du manque de recul dont l’homme dispose en matière de culture OGM en champ libre, une toute petite part de ce que sont les OGM. Car les OGM ne se résument pas à quelques plantes sans commun dans l’histoire du règne végétale. Ce sont également des cellules créatrices de protéines utilisées dans la formulation de médicaments, comme l’insuline. On dit alors que les médicaments sont obtenus par protéine recombinante. Retournée donc les boîtes prescrites, un médicament sur six est obtenu par cette technique. Impossible de se passer de cette technique aujourd’hui aux apports sociaux indéniables. Mais dans ce cas, loin d’être une fin en soi, l’OGM est un outil, confiné dans un labo, que l’homme n’ingère pas au quotidien. Pas d’amalgame donc, pour Vélot, ni de mauvaise foi, juste la nécessité de se pencher un peu plus sur la culture OGM à l’air libre, avant de commettre un acte qui pourrait se transformer en catastrophe écologique majeure.
Une position qu’est cependant loin de partager le reste de la communauté scientifique. Du moins, les hautes instances. Depuis ses prises de position en 2006, Christian Vélot apprend au quotidien ce qu’il en coûte de vouloir tout simplement poser le débat et de donner à chacun les armes pour pleinement réfléchir sur la question. Un débat que certains espéraient peut-être confisquer. Les premières remarques désobligeantes, l’habillant de honte pour la communauté scientifique ont glissé sur lui. Les disparitions de reliquats de budget, suppressions de thésards au labo ont précédé les demandes d’abandon de locaux, puis enfin l’assassinat professionnel.
L’enjeu n’est finalement pas de savoir si les OGM doivent être cultivés ou non en plein champ. La question est ici de savoir, s’il est encore possible pour chacun de nous d’exprimer ses opinions, et ce, quelle qu’elles soient , sans crainte de pressions ou de répression. De tenir son rôle de citoyen et de verser au débat des éléments peut-être déterminants. C’était d’ailleurs l’une des demandes du Grenelle de l’environnement, protéger les « lanceurs d’alerte ». Etrange, la démocratie serait-elle devenue cannibale pour que ceux qui la protège soit au menu de ses festins ?
(1) Rendez-vous, au Campus de la Fac d’Orsay (Essonne) à 10h30 et 15h place Edmond Rostand pour une marche vers le Ministère de la Recherche.
Pour en savoir plus :
19:35 Publié dans Le Grenelle, mythes et histoires... | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : ogm, environnement, écologie, liberté, politique, christian vélot, assassinat
Lanceur d'alertes
Pour son implication dans la question des OGM, Christian Vélot paie le prix fort, la mise au placard. Quand la mise à mort sociale et professionnelle remplace l’assassinat des lanceurs d'alertes.
Christian Vélot, enseignant chercheur en génétique moléculaire dérange. La carrière de ce scientifique connu pour son implication sur la question des OGM est en effet au point mort. En septembre dernier, l’homme a appris par courrier que son contrat de recherche ne serait pas renouvelé au sein de l’université Paris-Sud à Orsay. Amputé d’une partie de ses responsabilités, le haut fonctionnaire conserve toutefois sa fonction d’enseignant. Une bien maigre consolation puisque c’est sur le résultat de ses recherches qu’un scientifique universitaire est évalué. Pour protester contre ce qui apparaît pour beaucoup comme un assassinat social, une manifestation de soutien est prévue le 25 juin sur le Campus de la Fac d’Orsay (1).
Cela vous surprendra certainement, mais Christian Vélot n’est absolument pas contre les OGM. Non. Absolument pas. Ce quinquagénaire à la barbe grisonnante, soigneusement taillée, utilise même au quotidien le génie génétique dans le cadre de ses recherches. Il bidouille, triture, au point de savoir, lui, de quoi il en retourne de la transgénèse. Non, Christian Vélot s’inquiète tout simplement du manque de recul dont l’homme dispose en matière de culture OGM en champ libre, une toute petite part de ce que sont finalement les OGM. Car les OGM ne se résument pas à quelques plantes sans commun dans l’histoire du règne végétale. Ce sont également des cellules créatrices de protéines utilisées dans la formulation de médicaments, comme l’insuline. On dit alors que les médicaments sont obtenus par protéine recombinante. Retournez donc les boîtes prescrites, un médicament sur six est obtenu par cette technique. Mais dans ce cas, loin d’être une fin en soi, l’OGM est un outil, confiné dans un labo, que l’homme n’ingère pas au quotidien. Pas d’amalgame donc pour Vélot, ni de mauvaise foi, juste la nécessité de se pencher un peu plus sur la culture OGM à l’air libre, avant de commettre un acte qui pourrait se transformer en catastrophe écologique majeure.
Une position qu’est cependant loin de partager le reste de la communauté scientifique. Du moins, les hautes instances. Depuis le début de son intervention en 2006, Christian Vélot apprend au quotidien ce qu’il en coûte de vouloir tout simplement poser le débat et de donner à chacun les armes pour pleinement réfléchir sur la question. Un débat que certains espéraient peut-être confisquer. Les premières remarques désobligeantes, l’habillant de honte pour la communauté scientifique ont glissé sur lui. Les disparitions de reliquats de budget, suppressions de thésards au labo ont précédé les demandes d’abandon de locaux, puis enfin l’assassinat professionnel.
L’enjeu n’est finalement pas de savoir si les OGM doivent être cultivés ou non en plein champ. La question est ici de savoir, s’il est encore possible pour chacun de nous d’exprimer ses opinions, et ce, quelle qu’elles soient , sans crainte de pressions. De tenir son rôle de citoyen et de verser au débat des éléments peut-être déterminants. C’était d’ailleurs l’une des demandes du Grenelle de l’environnement, protéger les « lanceurs d’alerte ». Etrange, la démocratie serait-elle devenue cannibale pour que ceux qui la protège soit au menu de ses festins ?
(1) Rendez-vous, au Campus de la Fac d’Orsay (Essonne) à 10h30 et 15h place Edmond Rostand vers le Ministère de la Recherche.
Pour en savoir plus : Christian Vélot sur Blogterrestre
19:35 Publié dans Le petit bout de la lorgnette | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : environnement, écologie, ogm, christian vélot, lanceur d'alerte, politique, soutien


