22.06.2008
Lanceur d'alertes
Pour son implication dans la question des OGM, Christian Vélot paie le prix fort, la mise au placard. Quand la mise à mort sociale et professionnelle remplace l’assassinat des lanceurs d'alertes.
Christian Vélot, enseignant chercheur en génétique moléculaire dérange. La carrière de ce scientifique connu pour son implication sur la question des OGM est en effet au point mort. En septembre dernier, l’homme a appris par courrier que son contrat de recherche ne serait pas renouvelé au sein de l’université Paris-Sud à Orsay. Amputé d’une partie de ses responsabilités, le haut fonctionnaire conserve toutefois sa fonction d’enseignant. Une bien maigre consolation puisque c’est sur le résultat de ses recherches qu’un scientifique universitaire est évalué. Pour protester contre ce qui apparaît pour beaucoup comme un assassinat social, une manifestation de soutien est prévue le 25 juin sur le Campus de la Fac d’Orsay (1).
Cela vous surprendra certainement, mais Christian Vélot n’est absolument pas contre les OGM. Non. Absolument pas. Ce quinquagénaire à la barbe grisonnante, soigneusement taillée, utilise même au quotidien le génie génétique dans le cadre de ses recherches. Il bidouille, triture, au point de savoir, lui, de quoi il en retourne de la transgénèse. Non, Christian Vélot s’inquiète tout simplement du manque de recul dont l’homme dispose en matière de culture OGM en champ libre, une toute petite part de ce que sont finalement les OGM. Car les OGM ne se résument pas à quelques plantes sans commun dans l’histoire du règne végétale. Ce sont également des cellules créatrices de protéines utilisées dans la formulation de médicaments, comme l’insuline. On dit alors que les médicaments sont obtenus par protéine recombinante. Retournez donc les boîtes prescrites, un médicament sur six est obtenu par cette technique. Mais dans ce cas, loin d’être une fin en soi, l’OGM est un outil, confiné dans un labo, que l’homme n’ingère pas au quotidien. Pas d’amalgame donc pour Vélot, ni de mauvaise foi, juste la nécessité de se pencher un peu plus sur la culture OGM à l’air libre, avant de commettre un acte qui pourrait se transformer en catastrophe écologique majeure.
Une position qu’est cependant loin de partager le reste de la communauté scientifique. Du moins, les hautes instances. Depuis le début de son intervention en 2006, Christian Vélot apprend au quotidien ce qu’il en coûte de vouloir tout simplement poser le débat et de donner à chacun les armes pour pleinement réfléchir sur la question. Un débat que certains espéraient peut-être confisquer. Les premières remarques désobligeantes, l’habillant de honte pour la communauté scientifique ont glissé sur lui. Les disparitions de reliquats de budget, suppressions de thésards au labo ont précédé les demandes d’abandon de locaux, puis enfin l’assassinat professionnel.
L’enjeu n’est finalement pas de savoir si les OGM doivent être cultivés ou non en plein champ. La question est ici de savoir, s’il est encore possible pour chacun de nous d’exprimer ses opinions, et ce, quelle qu’elles soient , sans crainte de pressions. De tenir son rôle de citoyen et de verser au débat des éléments peut-être déterminants. C’était d’ailleurs l’une des demandes du Grenelle de l’environnement, protéger les « lanceurs d’alerte ». Etrange, la démocratie serait-elle devenue cannibale pour que ceux qui la protège soit au menu de ses festins ?
(1) Rendez-vous, au Campus de la Fac d’Orsay (Essonne) à 10h30 et 15h place Edmond Rostand vers le Ministère de la Recherche.
Pour en savoir plus : Christian Vélot sur Blogterrestre
19:35 Publié dans Le petit bout de la lorgnette | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : environnement, écologie, ogm, christian vélot, lanceur d'alerte, politique, soutien



Commentaires
"Cela vous surprendra certainement, mais Christian Vélot n’est absolument pas contre les OGM. Non. Absolument pas."
Lol ! Assez tordant à lire en se souvenant du bonhomme manifester avec un badge "OGM j'en veux pas" sur le veston ^^
Ecrit par : Fulmar | 24.06.2008
Effectivement. C'est souvent le piège avec les badges trop réducteurs. Je crois que pour lui, ce serait plutôt "OGM j'en veux pas en plein air..."
Ecrit par : Blogterrestre | 24.06.2008
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